Exhortations
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TOUT EST A VOUS!

par Guy Appéré

L’apôtre Paul écrivait aux chrétiens de la ville de Corinthe: Personne ne doit mettre sa fierté dans des hommes. Car tout vous appartient : Paul, Apollos ou Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent ou l'avenir, tout est à vous! Mais vous, vous appartenez au Christ et le Christ appartient à Dieu (I Corinthiens 3:21-23. Version Bonnes Nouvelles Aujourd’hui).

Quelle tristesse de voir le chrétien, trop souvent, pleurer misère, insatisfait, enviant toujours quelque chose, alors qu’il est le plus riche propriétaire de la terre! Il se plaint de tout et de rien, exactement comme les autres: de la vie chère, du temps inclément, du pain rassis ou des difficultés du travail... Evidemment, tout ne va pas pour le mieux sur cette terre, il s’en faut de beaucoup.

Et l’on conçoit facilement le mécontentement des gens du monde, mais non celui des chrétiens qui, malheureusement, regardent aussi à leurs limitations et à leur pauvreté terrestres, au lieu de considérer leurs richesses éternelles.

A Corinthe, les chrétiens du 1er siècle traînaient leurs plaintes jusque dans l’église où l’on discutait de la valeur relative des prédicateurs, comme on le fait des candidats lors d’une campagne électorale. Dans la métropole de l’Achaïe, chacun avait pris parti pour Paul, Apollos ou Pierre: l’un devait avoir l’intelligence, l’autre l’éloquence et le troisième le sens pratique.

 Chaque partisan avait limité son choix à l’un de ces hommes qui, selon lui, représentait le christianisme le plus authentique. Mais pourquoi prendre un tel parti, pourquoi choisir, pourquoi, en fin de compte, se limiter et se restreindre? «Tout est à vous!» dit l’apôtre, «soit Paul, soit Apollos, soit Pierre...» Tous sont là pour votre enrichissement, votre joie, votre compréhension de la volonté de Dieu, pour une vie chrétienne plus complète, plus équilibrée. Alors pourquoi se jalouser et se critiquer à ce sujet ?

Puis, débordant le cadre précis du problème de Corinthe, s’élevant au-dessus du cas particulier, l’apôtre Paul fait cette déclaration extraordinaire, lance ce mot qui découvre toute notre richesse de chrétiens: «Tout est à vous: le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir... Tout est à vous, et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.»

Tout est à vous

L’homme tire sa fierté de bien petites choses: de sa maison, de son travail, de sa voiture ou de son compte en banque, du fait d’appartenir à une noble famille ou d’être l’ami d’une personnalité illustre. Tout cela a de l’importance — même beaucoup parfois — mais, en réalité, qu’est-ce à l’échelle de la terre, et de l’univers dont on ne connaît qu’une infime partie? Que sont ces petites choses comparées à ce tout qui appartient aux chrétiens?

Il est toujours dangereux de vivre au-dessus de ses moyens, mais il est également mauvais de vivre en dessous. Or, la plupart des chrétiens vivent en dessous de leurs moyens spirituels: ce sont des riches qui vivent en misérables, qui mendient, alors qu’ils devraient donner.

Tout est à vous! Peut-on, après une telle déclaration, prétendre encore que l’Evangile, la foi, la piété (ce qu’on appelle souvent : la religion) est un rabat-joie qui étouffe la personnalité, empêche l’homme de s’épanouir et le replie sur un petit contentement de sa misère?

Dans la pensée de beaucoup de gens, le chrétien est cet être diminué, vivant à moitié, ne sachant nullement jouir des biens de ce monde, y renonçant — tristement ou joyeusement — pour attendre une vie céleste. Il se peut que des chrétiens aient donné cette idée, mais elle n’est pas celle de la Bible. La vie chrétienne est une vie vaste, large, longue, haute, profonde; elle n’est pas étriquée, on y respire à pleins poumons.

Tout est à vous, le monde entier est à vous, dit Paul, le monde avec tout ce qu’il renferme de grandeur, de beauté, de noblesse, d’harmonie, de couleurs, de musique, de poésie, d’intelligence.

 Dieu n’est nullement contre tout cela. L’Ecclésiaste disait, il y a bien longtemps: «Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton cœur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux... et souviens-toi de ton Créateur pendant les jours de ta jeunesse.»

 Cette dernière clause n’indique pas une limitation à cette plénitude, mais plutôt la condition de ce bonheur pour lequel Dieu a fait l’homme.

Le monde est aux chrétiens pour leur bien et leur joie. La vie aussi leur appartient: ce n’est pas elle qui impose ses conditions, qui ordonne, qui se donne ou se reprend. Elle ne peut les tenir esclaves de ses caprices.

 La vie, avec ses peines et ses joies, ses épreuves et ses soucis, ses vicissitudes et ses possibilités, est à leur disposition, au service de leur plus grand bien. Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu dit encore l’apôtre. 

Tribulations, angoisses, persécutions, faim, guerre... dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs, nous les dominons en Christ et elles nous servent, (cf. Romains 8:28, 35, 37.) Bien que ceci soit une glorieuse réalité, il est malheureusement rare que l’on considère la vie chrétienne sous cet angle.

Mais la vie est éphémère. La mort vient un jour nous la ravir. C’est vrai. Et cependant, la mort aussi est à nous, depuis que, en puissance. Christ l’a vaincue à la croix. «Soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous sommes au Seigneur», dit l’apôtre Paul.

La mort ne nous ravit pas la vie, si nous sommes à Christ, elle la fait éclore devant nous dans sa beauté, son infini, son éternité. «Tout est à vous : le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir». Le temps n’est donc pas non plus un maître implacable ! Il est notre serviteur.

Combien de gens, dans ce monde, maudissent ce «temps» qui leur ravit leur jeunesse, leur beauté, leur force, leur gloire. Ils sont esclaves du temps, comme ils le sont de la vie, de la mort, du monde. Mais le présent et l’avenir sont au chrétien. Le temps ne travaille pas contre lui, mais pour lui!

Voilà ce que l’apôtre Paul rappelait à ces riches chrétiens de Corinthe qui vivaient en miséreux et se disputaient pour un serviteur de Dieu.

Mais n’y a-t-il pas un grand danger dans cette liberté sans limite? Pouvons-nous faire tout ce que nous voulons? Est-ce que tout nous appartient? Remarquons que Dieu ne limite pas ce privilège, mais pour qu’il reste privilège et que cette souveraineté sur le monde, la vie, la mort, le temps, sur tout, ne se transforme pas en esclavage, il y met une condition. Pour que nous restions «maîtres» de ces richesses et que nous en jouissions pleinement, l’apôtre ajoute immédiatement: Vous êtes à Christ.

Vous êtes à Christ

Autrement dit, toutes ces choses sont à vous dans la mesure où vous êtes à Christ. C’est l’évidence même. Par nous-mêmes, nous n’avons absolument aucun droit. Le monde est la propriété de Dieu qui l’a créé, et il revient à son Fils qui en est l’héritier légal. C’est donc en Christ que nous sommes héritiers de toutes choses.

Si nous lui appartenons, nous sommes faits «co-héritiers» avec lui. Cette condition est capitale. Si nous ne sommes pas à Christ, nous ne sommes plus les maîtres de tout: du monde, de la vie, de la mort, du temps; nous en sommes au contraire les esclaves.

Cela est vrai pour celui qui est hors de Christ, mais aussi pour le chrétien qui ne vit pas dans la soumission au Seigneur. C’est dans la mesure de sa soumission à Christ que le chrétien pourra effectivement dominer toutes ces choses, dont il serait autrement le jouet.

Hors de l’obéissance à Christ, c’est le monde qui le possédera, les circonstances adverses de la vie le feront gémir comme ceux qui ne connaissent pas le Seigneur; la mort projettera son ombre sur toute son existence et le maintiendra dans la servitude de la crainte; il s’irritera contre le temps quand il ne passera pas assez vite; il éprouvera révolte et regret quand le temps passera trop rapidement.

Dans la mesure où vous êtes soumis à Christ, «toutes ces choses sont à vous». Dans la mesure où vous serez esclaves, vous serez maîtres. En effet, seuls ceux qui ont appris à obéir et qui soumettent leur vie à une discipline sévère sont capables de maîtriser, de commander.

Ceux qui possèdent vraiment sont ceux qui se possèdent! Et cette maîtrise de soi est un fruit de l’Esprit Saint chez tous ceux qui non seulement appartiennent à Christ par le salut qu’il leur a acquis, mais se soumettent constamment à lui, cherchant sa volonté, sa pensée, sa faveur.

Ceux qui sont à Christ, non seulement «légalement» par la justification qui leur est offerte, mais pratiquement par la sanctification, qui se courbent journellement devant lui pour lui obéir; ceux-là posséderont le monde. Dans ce cas, aucune limite n’est mentionnée: «Tout est à vous», pour votre bonheur et pour votre vie. Mais hors de cette condition, ces privilèges deviendront une occasion de perte. Tout est à vous seulement si vous êtes à Christ ! Christ est à Dieu

Après la condition, l’apôtre Paul élève notre pensée vers l’exemple suprême. Quel meilleur exemple, quelle plus haute inspiration pourrions-nous imaginer? Le possesseur et maître de tout, l’éternel héritier, le Fils unique de Dieu, dans toute sa grandeur et toute sa majesté, Jésus-Christ s’est incliné devant son Père.

Cette humilité et cette soumission sont le propre de la grandeur, les marques de dignité d’un véritable Maître. Tout est à vous dans la mesure où vous êtes à Christ, comme Christ est soumis à Dieu.

 Lui qui était Dieu ne s’est pas accroché à ses privilèges, mais s’est humilié en assumant les limitations de l’humanité: sa dépendance du Père, les souffrances, les angoisses des choix et les luttes de la prière. Le Maître a connu la servitude; celui qui était infiniment digne d’être servi est né pour servir.

Mais cet anéantissement a été le tremplin de la gloire: c’est en prenant l’humble position de Fils qu’il a révélé son incontestable seigneurie sur l’univers: Dieu l'a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse dans les deux, sur la terre et sous la terre et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2:9-11).

Tout est à vous si vous êtes à Christ comme Christ est à Dieu, c’est-à-dire si vous êtes animé du même esprit de soumission. Cet esprit est plus important que les richesses possédées. Un chrétien qui ignore ses richesses est un pauvre chrétien, mais un chrétien qui se targue de ses privilèges, qui a l’esprit du «propriétaire», du nouveau riche, ou qui s’accroche à ces richesses par amour pour ces biens eux-mêmes, est un triste chrétien.

Celui qui possède vraiment, c’est celui qui, comme Christ, est prêt à renoncer à tout pour un bien supérieur. Celui-là est vraiment libre qui peut renoncer à sa liberté, est vraiment riche qui peut renoncer à ses richesses. 

Veuille le Seigneur nous ouvrir les yeux afin que nous réalisions pratiquement notre richesse, et nous donner en même temps l’esprit de soumission qui en est la condition et sans lequel tous ces privilèges seraient l’occasion de notre souffrance, de notre perte et, peut-être, de celle des autres.

En conclusion : plus nous nous attacherons à Christ, plus nous nous soumettrons à sa Parole, et plus le monde nous révélera ses richesses pour notre plus grande joie et notre épanouissement. Puissions-nous être à Christ comme Christ est à Dieu, afin que tout soit vraiment à nous! Et si quelqu’un n’est pas à Christ, puisse-t-il se donner à lui afin de devenir participant de ses richesses!

 

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